Tourisme rural en Espagne : l’impact positif de la réhabilitation de villages abandonnés sur le cyclotourisme
En bref:
- La réhabilitation de villages abandonnés en Espagne, comme Salto de Castro, revitalise le tourisme rural et offre de nouvelles opportunités pour les cyclistes.
- L’Espagne possède plus de 3 500 villages désertés, et des initiatives gouvernementales soutiennent leur relance, favorisant une approche de tourisme responsable.
- Les itinéraires cyclables, tels que les "Vías Verdes", se diversifient grâce à la renaissance des villages, permettant une expérience authentique et immersive.
En parcourant les routes sinueuses de l’Espagne rurale, j’ai découvert une tendance fascinante qui prend de l’ampleur : la renaissance de villages abandonnés qui retrouvent vie grâce à des projets innovants de tourisme rural. Ces initiatives ne se contentent pas de sauver un patrimoine en péril, elles créent aussi de formidables opportunités pour les amateurs de vélo comme moi qui cherchent des expériences authentiques hors des sentiers battus. Laissez-moi vous raconter comment cette transformation est en train de redessiner l’avenir du tourisme rural en Espagne.
Table des matières
Salto de Castro : quand un Américain redonne vie à un village abandonné
L’histoire qui a récemment captivé mon attention est celle de Salto de Castro, un village fantôme de la province de Zamora, à la frontière portugaise. Ce petit hameau construit dans les années 1940 pour loger les travailleurs d’un barrage hydraulique était complètement déserté depuis plus de 20 ans.
En janvier 2025, j’ai appris que Jason Lee Beckwith, un entrepreneur californien, et son épouse brésilienne Ana Cristina Machado, l’avaient acheté pour 310 000 euros. "Je suis tombé complètement amoureux du village et de ses environs", a déclaré Beckwith qui n’avait jamais mis les pieds en Europe avant de découvrir ce lieu par hasard sur internet.
Ce qui me fascine dans cette histoire, c’est la vision du nouveau propriétaire. Situé en plein cœur du Parc Naturel des Arribes del Duero, ce village de 44 maisons, une église, une auberge et même une piscine, ne sera pas transformé en complexe touristique anonyme. Jason souhaite en faire "un lieu où les gens peuvent s’échapper de la ville et se détendre dans l’un des environnements les plus beaux qu’on puisse imaginer".
Son projet, estimé entre 3 et 6 millions d’euros, prévoit la restauration progressive des bâtiments avec une première phase qui devrait s’achever fin 2026. Il a récemment lancé une campagne de financement participatif pour réunir 300 000 dollars afin de compléter l’achat et commencer les premiers travaux de restauration, en commençant par l’église.
Ce qui me touche particulièrement, c’est son engagement envers l’économie locale : "Les travaux seront confiés à des entreprises locales, pas américaines, pour investir l’argent dans l’économie de la région", a-t-il promis au maire de Fonfría, Sergio López.
Un phénomène qui prend de l’ampleur en Espagne
Salto de Castro n’est pas un cas isolé. L’Espagne compte plus de 3 500 villages abandonnés, victimes de l’exode rural qui a vidé les campagnes à partir des années 1960. Mais aujourd’hui, ces lieux endormis suscitent un regain d’intérêt.
D’autres exemples inspirants existent à travers le pays :
- Granadilla en Estrémadure, abandonné suite à la construction d’un barrage en 1955, fait aujourd’hui l’objet d’un programme de réhabilitation.
- Umbralejo dans la province de Guadalajara a été restauré et est devenu une destination appréciée pour son architecture noire typique.
- Turruncún dans La Rioja propose des visites guidées pour découvrir son patrimoine minier.
Ce mouvement est encouragé par diverses initiatives gouvernementales :
- Le Plan Repuebla qui vise à repeupler les zones rurales en offrant des opportunités de logement et d’emploi.
- Le Plan National d’Accès au Logement 2022-2025 qui prévoit des aides pouvant atteindre 10 800 € pour les jeunes de moins de 35 ans souhaitant s’installer dans des villages de moins de 10 000 habitants.
- Des déductions fiscales régionales comme en Aragon, où les jeunes peuvent bénéficier d’aides dans les communes de moins de 3 000 habitants.
L’impact sur le cyclotourisme : de nouvelles routes à découvrir
En tant que passionnée de vélo, ce qui m’enthousiasme particulièrement dans cette renaissance rurale, c’est son impact sur le cyclotourisme. L’Espagne dispose déjà d’un réseau impressionnant d’itinéraires cyclables, notamment les fameuses "Vías Verdes" "Vías Verdes" – plus de 3 400 kilomètres d’anciennes voies ferrées reconverties en pistes cyclables sécurisées.
La réhabilitation des villages abandonnés vient enrichir ces parcours en offrant de nouveaux points d’intérêt et des services essentiels aux cyclistes : hébergements, restaurants, points d’eau, ateliers de réparation…
Des itinéraires de rêve près des villages réhabilités
J’ai repéré plusieurs itinéraires exceptionnels qui passent à proximité de villages en cours de renaissance :
La Via Verde de la Sierra en Andalousie : Cet itinéraire de 36 km traverse des paysages spectaculaires et passe près de plusieurs villages typiques en cours de revitalisation.
La Via del Plazaola au Pays basque : Cette voie verte de 45 km vous plonge dans une nature verdoyante et permet de découvrir Lekunberri, l’un des villages sélectionnés comme "Best Tourism Village" par l’Organisation Mondiale du Tourisme.
La Route des Vins de La Rioja : Parfaite pour combiner cyclisme et œnotourisme, cette route de 70 km entre Logroño et Haro vous fait découvrir des villages viticoles pleins de charme.
💡 Bon à savoir : Ces itinéraires sont généralement plats avec des pentes inférieures à 3% et des virages larges, ce qui les rend accessibles à tous les niveaux.
Un tourisme rural plus responsable
Ce qui me réjouit dans cette tendance, c’est qu’elle s’inscrit parfaitement dans une démarche de tourisme responsable, avec différents modèles qui émergent :
Le label "alojamiento rural sostenible" qui garantit un hébergement respectueux de l’environnement et bien intégré dans le tissu social local.
Les coopératives touristiques villageoises qui permettent une gestion collective et équitable du tourisme.
La diversification des activités qui évite une dépendance excessive au tourisme.
Pour réguler ce développement et éviter les dérives du surtourisme, plusieurs réglementations ont été mises en place :
- Enregistrement obligatoire des hébergements touristiques
- Limitation des locations en termes de durée et de fréquence dans certaines régions
- Systèmes de zonage pour préserver l’équilibre entre logements permanents et touristiques
Comment participer à cette aventure ?
Si vous êtes tentés par cette expérience de cyclotourisme dans l’Espagne rurale authentique, voici quelques conseils que j’ai glanés :
Planifiez votre itinéraire en consultant le site des Caminos Naturales qui regroupe plus de 130 itinéraires à travers toute l’Espagne.
Choisissez un hébergement engagé comme une Casa Rural certifiée durable qui utilise des produits locaux et promeut la culture locale.
Voyagez léger mais n’oubliez pas l’essentiel : une trousse de réparation, une gourde réutilisable et une carte papier en complément de votre GPS.
Sortez des sentiers battus : n’hésitez pas à explorer les chemins secondaires qui mènent souvent aux plus belles découvertes.
Prenez le temps de vous arrêter dans les villages, de discuter avec les habitants et de goûter les spécialités locales.
📌 À retenir : Le réseau espagnol de chemins naturels compte plus de 10 800 kilomètres d’anciennes infrastructures de transport reconverties, qu’on peut explorer à pied, à vélo ou à cheval.
Un modèle pour l’avenir du tourisme rural
Ces initiatives de réhabilitation représentent bien plus qu’une simple tendance touristique. Elles offrent une solution viable au dépeuplement rural tout en préservant un patrimoine architectural et culturel unique.
Pour que cette renaissance soit durable, il faudra trouver un équilibre délicat entre développement touristique et préservation de l’authenticité. Les villages doivent rester des lieux de vie et non de simples décors pour visiteurs de passage.
Des entrepreneurs passionnés comme Jason Lee Beckwith montrent la voie avec leur approche respectueuse : "Nous voulons créer un lieu où les gens peuvent se rencontrer, faire une pause du monde et créer des souvenirs heureux", explique-t-il.
En parcourant à vélo ces routes qui traversent une Espagne méconnue, j’ai ressenti profondément cette connexion entre le passé et l’avenir. Ces villages qui renaissent ne sont pas de simples curiosités touristiques, mais des laboratoires vivants où s’invente, pierre après pierre, un nouveau modèle de développement rural durable..
Alors, prêts à enfourcher votre vélo pour partir à la découverte de l’Espagne rurale revitalisée ? Les chemins de l’aventure vous attendent, entre villages de pierre et horizons infinis.